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Les énormes nuages blancs, gonflés
comma des choux à la crème, formaient deux murs brillants de soleil
et tout au fond, comme un plancher, s'étalait la mer d'un bleu de
manganèse, lisse et sans ride. Notre 707, très haut, suivait ce couloir
en ondulant, comme si le pilote voulait profiter de ce tapis de bienvenue.
J'ai fait le tour du monde et jamais la météo ne m'avait offert un tel
spectacle. J'étais déjà en "état de grâce" prêt à tout accepter de ce pays
dont je rêvais depuis des années. Au bout du corridor, l'aéroport de Narita
avec les éternelles douanes qu'on craint toujours, surtout si nos bagages
ne sont pas "habituels". Surprise! Lorsque je voulus déclarer mes quatre
appareils photo, le douanier refusa, rétorquant avec un grand sourire: "Tous
les appareils photo sont nos meilleurs ambassadeurs. Passez". J'étais à Tokyo.
Un premier voyage en Asie nous révèle
des "vérités" insoupçonnées; la première étant qua notre Terre est
bien petite et qu'il est relativement facile d'en faire le tour.
C'est la joie au coeur que, dans la capitale nippone, j'ai déambulé
sur la Ginza bondée, qua j'ai visité le temple Kannon - semblable à
notre Oratoire - où I'on grimpe les marches en priant et où l'on
achète des médailles. J'ai admiré le Fujiyama, ainsi qua le bouddha
de Kamakura, village célèbre à cause du clan de Minamoto qui, dans
la presqu'île de Yokosuka, donna naissance à une armée de samuraïs
célèbres. Je n'avais pas assez d'yeux ni d'oreilles pour tout
savourer, pour absorber Tokyo, sa folie des grandes artères
congestionnées et ses petites rues de cartes postales. Les Japonais
portaient encore presque tous le kimono. Ils étaient magnifiques de
salutations, elles étaient splendides de sourires énigmatiques..
Lors de mes voyages suivants, j'ai vu disparaître toutes ces belles
coutumes
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Le lac Chozengi sous la neige
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remplacées par des "américanismes".
Rien ne peut prendre la place du dépaysement. Tout
est surprise, tout est révélation. Je pourrais m'attarder des heures durant
sur Edo, devenu Tokyo, et sur Kyoto. Tokyo, c'est trop d'images, trop
d'impressions, trop de beauté, de mouvement, de bruit; c'est trop nouveau,
c'est trop neuf. Vous cherchez désespérément à vous échapper et vous trouvez
une solution; une solution dangereuse, vous n'évaluez pas le défi. Vous louez
une voiture, même si les panneaux de circulation sont dans une langue que vous
ne comprenez pas et vous prenez la route avec une prudence multipliée. La
métropole n'en finit plus de finir. Il n'y a pas de scission avec la campagne.
Quelques champs, de jolies maisons qui deviennent plus rares. Une brume
permanente qui se lève et atténue les distances. Parfois. entre les voiles
d'humidité, vous soupçonnez une montagne trop triangulaire pour être vraie
dans ce plat paysage. Vous imaginez une petite rivière à votre droite.
EIIe vous intrigue par sa présence impossible à vérifier. I1 vous semble
l'avoir déjà vue autrefois. Tous les brouillards du monde cachent des images
et des présences que seul le soleil lointain révélera. Dans ce paysage qui
refuse de s'identifier, votre imagination comble les vides. Vous êtes
surpris de découvrir un village que vous connaissez bien. Et vous
continuez en hochant la tête, en savourant des formes estompées qui sont
presque familières. Vous êtes hypnotisé. Le chemin vous mène vers une
petite maison... une maison québécoise de dimensions modestes et vous
êtes à Saint-Antoine-sur-le-Richelieu où vous arrivez, comme dans les
romans d'anticipation chez Miyuki Tanobe.
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